Article cpnm 007
Guide pour mieux comprendre la neuropsychologie
> Emmanuelle, 35 ans, se sent dépassée au travail. Depuis quelque temps, elle oublie ses rendez-vous, a du mal à se concentrer et peine à organiser ses tâches.
Son médecin lui recommande une évaluation neuropsychologique. Inquiète, elle se demande ce que cela signifie :
Est-ce un test de QI ? Un examen médical ? Que va-t-on lui dire sur son cerveau ?
Comme Emmanuelle, beaucoup de personnes passent des évaluations neuropsychologiques sans trop savoir ce qui les attend.
> Cet article a pour but de démystifier la neuropsychologie et les évaluations associées, pour mieux comprendre à quoi elles servent et quels avantages elles peuvent offrir dans notre quotidien.
La Neuropsychologie, c’est quoi ?
La neuropsychologie est une discipline située à la croisée de la psychologie et des neurosciences.
Elle s’intéresse au fonctionnement du cerveau et à la manière dont celui-ci influence nos comportements, nos émotions et nos capacités cognitives. Concrètement, elle analyse des fonctions essentielles comme la mémoire, l’attention, le langage, les apprentissages ou encore les fonctions exécutives, responsables de la planification, de l’organisation et de la prise de décision au quotidien.
Une ou un neuropsychologue est un professionnel formé pour comprendre comment ces fonctions se développent, se fragilisent ou se transforment à la suite de divers événements ou conditions (troubles du neurodéveloppement, lésions cérébrales, maladies neurodégénératives, etc.).
À partir d’évaluations standardisées et d’observations cliniques, il ou elle identifie le profil cognitif de la personne et peut proposer des recommandations concrètes, des stratégies d’adaptation, ainsi que des pistes de rééducation pour optimiser le fonctionnement au jour le jour.
📌 En résumé :
Un neuropsychologue aide à mieux comprendre le fonctionnement propre d’une personne, à mettre en évidence ses forces et ses défis, et à trouver des solutions adaptées à ses difficultés.
Pourquoi fait-on une évaluation neuropsychologique ?
Une évaluation neuropsychologique est souvent recommandée lorsque des difficultés cognitives impactent la vie quotidienne, scolaire ou professionnelle.
Voici quelques exemples concrets, bien que non exhaustifs, où l’évaluation est utile :
- Enfants et adolescents : difficultés d’apprentissages , manque d’organisation et de concentration, problèmes de comportement et faible régulation émotionnelle, avance scolaire.
- Adultes : oublis, problèmes de concentration, difficultés à gérer plusieurs tâches, épuisement professionnel, ou suspicion de trouble neurodéveloppemental passé inaperçu à l’enfance (ex. TDAH adulte).
- Personnes âgées : déclin cognitif, suspicion de maladies neurodégénératives (p.ex., Alzheimer, Parkinson).
- Suite à un accident ou une maladie : AVC, traumatisme crânien, épilepsie, Sclérose en plaques.
📌 Ce qu’il faut retenir :
L’évaluation neuropsychologique n’est pas uniquement un test de QI mais un moyen d’établir son profil cognitif global et de comprendre comment le cerveau fonctionne dans son ensemble pour nous permettre de nous adapter à notre quotidien.
La sélection des tests dépend du motif initial (problème de mémoire ? manque d’attention ? difficultés d’apprentissages ?).
L’objectif est de confirmer/infirmer des hypothèses et d’éviter les faux diagnostics.
Déroulement d’une évaluation neuropsychologique :
à quoi s’attendre ?
Beaucoup de personnes redoutent cette évaluation par peur du « verdict ».
Pourtant, il ne s’agit pas d’un examen que l’on « réussit » ou « rate », mais d’un bilan objectif, effectué au rythme de la personne et en toute bienveillance.
Voici les étapes d’une évaluation
L’entretien Clinique
Le neuropsychologue pose des questions sur les difficultés rencontrées, les antécédents médicaux et recueille le plus d’éléments et d’exemples possible de ce qui peut poser problème dans le quotidien de la personne.
La passation des tests et de questionnaires
Elle prend généralement plusieurs séances. Ces tests évaluent différentes fonctions cognitives, à travers des exercices qui mettent en situation ces fonctions :
- Fonctionnement intellectuel (habiletés générales comme le niveau de vocabulaire, de raisonnement, le traitement de l’information visuelle, la mémoire ou la rapidité d’exécution)
- Mémoire (manipuler des informations, se souvenir d’une liste de mots, replacer des événements dans le temps);
- Visuoperception (traiter des informations visuelles et spatiales, se repérer dans l’espace)
- Attention et concentration (repérer des stimuli parmi des distracteurs, maintenir un effort soutenu sur une longue tâche, faire deux choses à la fois);
- Langage (exprimer ses idées, comprendre un texte);
- Fonctions exécutives (résoudre des problèmes, s’organiser, faire preuve de flexibilité mentale et de gestion de l’impulsivité);
- Vitesse de traitement (passer rapidement à travers certaines tâches);
- Sphère psychoaffective et comportementale (des questionnaires autorapportés et remplis par des proches sont utilisés pour rendre compte des affects de la personne, de son rapport aux autres ou de certains comportements du quotidien).
L’analyse des résultats
Le neuropsychologue compare les résultats obtenus à un échantillon représentatif, c’est-à-dire avec des individus issus du même groupe d’âge, du même niveau d’étude ou de la même culture que la personne évaluée.
Il vérifie la cohérence de l’ensemble des résultats et les interprètent au regard de toutes les informations recueillies au cours de l’évaluation (histoire de la personne, observations en séance, questionnaires autorapportés ou remplis par des proches ou le milieu scolaire, résultats aux épreuves psychométriques).
En effet, un score isolé peut conduire à des erreurs de diagnostic. C’est la combinaison de toutes ces données qui permet d’apporter des pistes d’informations sur le fonctionnement propre à la personne, de dresser objectivement ses forces et ses défis.
La restitution
Un entretien est organisé pour expliquer de manière claire et concrète les résultats et discuter des recommandations adaptées au profil de la personne évaluée (aménagements scolaires, stratégies de compensation, suivi thérapeutique si nécessaire).
Lors de cette rencontre, un rapport détaillé et personnalisé et remis à la personne cliente pour qu’elle puisse conserver ses résultats et les partager aux intervenants impliqués (par exemple, médecin, intervenants scolaires, professionnels, etc.).
📌 Bon à savoir :
L’évaluation est adaptée à chaque personne et mesure le fonctionnement cognitif dans son ensemble.
Elle dresse un profil de forces et de faiblesses cognitives, tout en tenant compte de la sphère psychoaffective et comportementale de la personne ainsi que de son environnement de vie actuel.
Que faire après une évaluation neuropsychologique ?
Remédiation — entraîner ce qui peut s’améliorer
Les séances de remédiation cognitive sont plus particulièrement recommandées après avoir subit un accident, comme un traumatisme crânien, un AVC ou dans le cas de maladies neurodégénératives :
But :
Faire progresser une capacité précise quand c’est possible (attention, mémoire de travail, planification).
Comment :
Exercices courts et réguliers, avec des stratégies simples expliquées pas à pas (regrouper l’info, se parler à voix basse, préparer en étapes).
Exemples :
S’entraîner à rester concentré 5 minutes, puis 8, puis 10…. Apprendre une liste de mots avec une méthode, préparer une tâche en 3 étapes écrites.
Compensation — outiller ce qui reste coûteux
Les mécanismes de compensation sont très utiles pour diminuer les difficultés vécues au quotidien. Ils sont souvent mis en en place spontanément par la personne en difficulté mais parfois il est difficile de maintenir leur application de façon régulière.
La mise en place de stratégies compensatoires peut se faire avec le neuropsychologue. Le suivi permet de mettre en place des outils d’aide à l’organisation, à la gestion de temps, des tâches, de la fatigue ou des ressources attentionnelles.
But :
Réduire l’impact au quotidien et trouver des alternatives.
Comment :
On choisit peu d’outils, mais on les apprend vraiment (où, quand, comment).
Exemples :
Utiliser efficacement son agenda et l’emploi de rappels pour les rendez-vous. Mettre en place des checklists efficaces, ajouter un timer et savoir prendre des pauses « intelligentes » lors de la réalisation de tâches. Éviter la procrastination en planifiant et morcelant les tâches, appliquer la règle “une chose à la fois”.
Adaptations — ajuster l’environnement :
Lorsque les stratégies de compensation ne suffisent pas à améliorer le niveau de fonctionnement au quotidien, il peut être nécessaire de repenser l’environnement.
École :
Le milieu scolaire peut mettre en place un plan d’intervention adapté au profil du jeune et à ses besoins afin de favoriser son implication et sa réussite scolaire (consignes en étapes, tiers-temps, moins de distractions visuelles/sonores, parfois accélérer le parcours si le niveau est très avancé).
Travail :
Le neuropsychologue ou l’ergothérapeute peut accompagner la personne à aménager son environnement de travail par exemple afin de favoriser le fonctionnement au quotidien et de préserver les ressources (créneaux sans interruption, réunions courtes et structurées, tâches priorisées, pauses prévues).
Hygiène :
On travaille sur les habitudes de vie, la gestion émotionnelle, l’histoire personnelle ou encore l’hygiène de vie – autant d’éléments qui influencent la gestion des ressources cognitives (fatigue, attention, mémoire).
Évaluation “écologique” — est-ce que ça marche chez vous ?
Tout au long du suivi en neuropsychologie, on vérifie en vrai : “moins d’oublis ? moindre fatigue ? plus d’efficacité ?”.
Si ce n’est pas le cas, on ajuste (outil trop compliqué, routine trop lourde, contexte à adapter).
L’idée est d’obtenir des changements visibles dans la vie quotidienne, tout en s’adaptant aux ressources et au profil propre à la personne.
FAQ
Est-ce que je dois être performant ?
Non !
L’évaluation se fait dans un cadre bienveillant et sans jugement. La personne fait de son mieux pour répondre aux différentes tâches et le neuropsychologue est là pour rassurer la personne et réduire son anxiété si tel est le cas.
Que se passe-t-il si mes résultats sont « mauvais » ?
Aucun score n’est « mauvais ». Les résultats permettent juste de comprendre les points forts et faibles pour proposer des solutions adaptées.
Les réussites comme les erreurs commises sont des indicateurs précieux pour le neuropsychologue afin de comprendre le fonctionnement de la personne face à la réalisation de ses tâches nouvelles.
Est-ce qu’on ressort toujours d’une évaluation neuropsychologique avec un diagnostic ?
Non.
Certaines difficultés ont des origines multiples et entremêlées (fatigue, stress, dépression, trouble de l’attention, condition médicale), et il serait imprudent et immodéré de poser une étiquette quand trop de facteurs sont en jeu ou que tous les symptômes propres à un diagnostic ne sont pas tous rencontrés.
Concrètement : avec ou sans diagnostic, vous repartez dans tous les cas avec un portrait clair, des recommandations utiles pour le quotidien, et, si besoin, un plan de suivi (ex. prise en charge ciblée puis réévaluation). L’idée, c’est d’agir tout de suite sur ce qui vous gêne, et de poser un diagnostic seulement quand les résultats le permettent.
Est-ce que ça change quelque chose dans ma vie quotidienne ?
Oui.
Une meilleure connaissance de ses capacités permet d’adopter des stratégies adaptées pour mieux fonctionner au quotidien.
Un outil pour mieux se connaître et avancer
Passer une évaluation neuropsychologique ne devrait pas avoir pour but de poser une étiquette ou un diagnostic à tout prix, mais être considéré comme un moyen de mieux comprendre son fonctionnement cognitif.
Que ce soit pour un enfant en difficulté scolaire, un adulte en questionnement ou une personne âgée souhaitant vérifier ses capacités mnésiques, cette démarche vise avant tout à accompagner et proposer des solutions concrètes.
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Si une évaluation vous est recommandée, abordez-la comme une opportunité d’obtenir des réponses sur votre fonctionnement et d’améliorer votre quotidien.
Ressources à Consulter
- Trousse Cerveau – Volet Théorique et Clinique (ressources pour professionnels et patients)
- Guide de diagnostic neuropsychologique – Troubles cognitifs et neurodégénératifs
- Neuropsychologie et troubles des apprentissages chez l’enfant (Elsevier Masson)
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Article écrit par
Elodie Authier (Neuropsychologue)
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